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Pour une meilleure gestion du parasitisme

Article de Camille RISTORI

(reproduit avec l’aimable autorisation des Cahiers de l’âne, paru dans le numéro 13)

L’âne héberge des parasites - comme tous les herbivores -
et C’EST NORMAL !

S’il est légitime qu’en médecine humaine on considère le parasite comme un intrus et que tout soit mis en œuvre pour s’en débarrasser, il en va tout autrement pour les herbivores : les parasites liés depuis la nuit des temps à leur hôte, conditionnent leur évolution. Cette coexistence a des effets positifs pour les deux espèces. Pour le parasite, c’est évident. Mais pour l’hôte ? Grâce aux dernières techniques d’investigations, nous savons que le parasite et l’hôte échangent des signaux, se parlent en quelque sorte par l’intermédiaire de molécules complexes. On reconnaît maintenant au parasite plusieurs rôles positifs :

- Un rôle immunisant fondamental et sans doute bien plus large qu’il n’y paraît : des défenses immunitaires solidement implantées face aux parasites seront aussi plus fortes pour réagir face à d’autres agressions, qu’elles soient virales ou bactériennes.

- Un rôle éliminatoire, tel qu’envisagé par les biodynamistes, qui conduit à la concentration et à l’expulsion des toxines.

- Un rôle actif : c’est le cas des strongles intestinaux qui « remuent » le bol alimentaire

- Un rôle sélectif : trop de pression parasitaire sélectionne les êtres les plus doués pour l’affronter, éliminant de la reproduction les individus les plus faibles.

Mais qu’est-ce que l’immunité ?

L’immunité est une propriété physiologique de l’organisme qui lui permet de résister à un agent infectieux, parasitaire ou toxique. Cette immunité peut être naturelle ou acquise.

- L’immunité vraie est caractérisée par l’élaboration d’anticorps circulant dans le plasma sanguin, elle apparaît lentement (trois à quatre mois) et empêche le développement d’une réinfestation. Ainsi le jeune animal a besoin d’héberger un minimum de parasites pour se construire une immunité vraie satisfaisante.

- La prémunition est un autre phénomène, une forme particulière de l’immunité parasitaire. C’est une immunité de contact qui nécessite la présence du parasite pour fonctionner.

La stimulation de l’immunité du jeune va donc lui donner la possibilité de gérer en partie le parasitisme. On ne vise jamais une absence totale de parasites (qui le fragiliserait à long terme) mais une infestation limitée (présence de parasites en petits nombres, sans effets néfastes) permettant l’installation d’une bonne immunité.

Il y a un seuil d’équilibre à trouver

Tout est question de quantité. Le parasite peut se multiplier dangereusement, et ce déséquilibre est souvent dû à une erreur humaine : surpâturage, changement de régime trop rapide, stress important, introduction de nouveaux animaux sans transition, déséquilibre alimentaire, race mal adaptée au terroir… Trop de parasites doit être un signal d’alarme pour l’éleveur qui devra non seulement « soigner » son âne, mais surtout chercher à améliorer ses résistances immunitaires et les conditions de vie qu’il lui offre. Ainsi, outre la recherche de conditions d’élevage toujours meilleures, le choix de reproducteurs parmi les lignées les plus résistantes, l’éleveur se doit de favoriser au maximum l’acquisition de l’immunité chez ses plus jeunes sujets.

Le plus dur alors sera d’abandonner les raisonnements basés sur la peur et les stéréotypes (savamment entretenus par le matraquage publicitaire!) pour tenir compte des potentialités et des besoins de nos animaux. Nous sommes très loin du schéma simplificateur selon lequel il faut éliminer le parasite coûte que coûte. S’il est des cas où l’homme doit intervenir parce que la vie de l’animal est en danger, encore faut-il le faire avec discernement et sans oublier que l’éradication totale des parasites n’est ni souhaitable, ni possible.

Vermifuges chimiques, la fin de la panacée.

Le docteur vétérinaire Paul POLIS reconnaît 3 résultats certains au traitement antiparasitaire chimique conventionnel :

- il réconforte l’angoisse de l’éleveur
- il détruit un nombre élevé de parasites et soulage provisoirement l’animal
- il diminue le niveau de prémunition de notre âne qui devient moins résistant

En conséquence, l’éleveur et l’animal auront de plus en plus besoin de traitements… Or plus on traite, plus on sélectionne des parasites résistants, ce qui se manifeste par la montée inexorable des cas d’échec de ces traitements partout dans le monde et la recherche accélérée de nouvelles molécules de plus en plus toxiques.

La toxicité cumulée de ces produits pour l’homme, l’animal et l’environnement devrait être un inconvénient majeur à leur diffusion. Les avermectines (dont l’ivermectine, la moxidectine, l’éprinomectine etc..)sont redoutables. Elles se retrouvent dans tout l’organisme : le sang, le tube digestif, l’appareil respiratoire, les tissus musculaires. Les avermectines passent dans la matrice et sont éliminées à petites doses sous forme active dans le lait pendant plusieurs mois chez les femelles laitières.

Par un phénomène en cascade tous les êtres vivants à la surface ou en profondeur du sol se trouvent perturbés dans leur multiplication. Trois mois après la prise d’ivermectine, les déjections du sujet traité sont encore mortelles pour les insectes en aval et détruisent jusqu’aux chauves-souris, pies grièches, traquets…qui en meurent en grand nombre.

Mais comment faire autrement ?

Rechercher des conditions de vie qui correspondent le mieux aux besoins de nos ânes (qui ne l’oublions pas, ont été façonnés par un environnement semi-désertique) nous permettra toujours de nous approcher davantage de l’équilibre parasitaire idéal, en favorisant un bon système immunitaire :

La bonne organisation du pâturage, afin de limiter l’infestation dans les conditions intensives de pâturage auxquelles la plupart d’entre nous sont condamnés plus ou moins régulièrement, est d’autant plus importante en région humide. Voici quelques notions de base :

Un pré sera considéré bien sain :

- Si depuis plus d’un an il n’a pas été pâturé, ni reçu de fumier non composté
- Si on peut y alterner fauche et pâture

Le pâturage continu favorise un recyclage permanent des parasites.

Vide sanitaire (absence des animaux dans le parc) : vide plus efficace en saison sèche, ou lors de grands froids

Le délai d’assainissement pour les strongles est de 6 semaines minimum

Le Surpâturage (pâturage trop ras du sol, trop près des crottins) doit être proscrit : 80% des larves infestantes sont sur les 5 premiers cm de la tige. Mais plus l’humidité augmente, plus les larves grimpent : rotations, association d’espèces et/ou complémentation en foin ou paille sont d’autant plus nécessaire.

Pâturage mixte des prairies (ruminants en alternance avec les ânes, ou associés) : l’ingestion par un ruminant (bovin, ovin ou caprin) d’une larve infestante d’un strongle d’équidé aboutit à la mort de la larve, et inversement. Chaque espèce « nettoie » en partie la prairie des strongles de l’autre. S’ajoute à cela un effet bénéfique sur la diversité et l’entretien de la flore du pré.

Conduite des animaux à risque

Les jeunes après sevrage ( 6-24 mois ) en font toujours partie, et une attention particulière doit être portée aux :

- Anesses en fin de lactation.
- Animaux nouvellement introduits.
- Anes au poil terne et hirsute, ballonnés ou abattus.

Il faudra :

- Leur réserver les parcs les plus sains, sans jamais les isoler (minimum à 2).

- S’il s’agit de jeunes au sevrage, prévoir la présence d’un âne adulte qui sera leur guide. Dans l’idéal une ânesse « ancienne » : rassurante, maternante, elle connaîtra bien le terrain. Les braves pépères (mâles castrés) peuvent aussi être de bons mentors.

- Laisser du bon foin « à disposition » si l’herbe n’est pas saine et abondante.
Si déficit alimentaire, complémenter en concentré (par ex : 3/4 orge +1/4 maïs) dans une limite raisonnable : 1 kg par jour pour un âne de 300 kg.

- Stimuler leurs défenses immunitaires et modifier le milieu digestif dans un sens défavorable aux parasites, en s’aidant des compléments à base de minéraux (tel le chlorure de magnésium, un sel très efficace et peu onéreux), de plantes, d’huiles essentielles, d’homéopathie etc… de plus en plus nombreux sur le marché. Ces compléments sont disponibles sous différentes formes (poudres, granulés, solutions, bassines à lécher) Mais ne jamais improviser sans les conseils d’un homme de l’art (vétérinaire ou technicien averti).

- Etre patient : un jeune acquiert son immunité surtout le long des deux premières années qui suivent le sevrage, et un âne fatigué ou dénutri ne se « remplume » pas en un mois !

Et s’il faut traiter ?

De nombreuses plantes ont une action vermifuge efficace (ail, armoise, tanaisie, fougère, plantes ou fourrages à tanins…)
L’aromathérapie (utilisation des huiles essentielles) possède un arsenal très puissant (attention au dosage)
L’homéopathie peut accompagner le traitement et renforcer le terrain.

En dernier recours, le vermifuge chimique peut s’avérer nécessaire. C’est l’examen clinique qui est déterminant pour prendre la décision du traitement clinique « exceptionnel », rappelons le tableau clinique d’une strangylose aiguë :

- Anémie, essoufflement au moindre effort, poil terne,
- Amaigrissement, diarrhée, coliques,
- Stade terminal : œdèmes en particulier au niveau de l’abdomen, cachexie (mort par épuisement ou septicémie).

Les temps de coagulation et de saignement sont toujours très augmentés.

Signalons enfin que l’examen des selles (crottin) au microscope afin de rechercher les œufs des parasites n’est qu’un élément du diagnostic.

Certaines larves de strongles sont redoutables car hématophages (se nourrissent de sang) et ne sont pas détectées à l’examen coprologique. Les femelles strongles parasites du tube digestif peuvent traverser des périodes de repli (ponte restreinte), cette activité étant sous la dépendance de multiples facteurs : système immunitaire de l’hôte, polyparasitimse, digestibilité de la ration, stress chez l’animal, conditions météorologiques, cycle lunaire… Conséquences : les résultats coprologiques en dents de scie ne doivent pas paniquer les propriétaires si le tableau clinique est bon.

Après un bilan coprologique ou/et une recherche d’anticorps, il faudra adapter le produit en fonction du parasite, de l’état de votre âne, de la période de l’année…en veillant à ce qu’un parc le plus sain possible puisse l’accueillir ensuite (cf. « conduite des animaux à risque » ci-dessus)

Enfin il est vivement conseillé de trouver un vétérinaire qui ait eu le temps de se pencher sur tous ces nouveaux produits pour vous épauler, aussi bien techniquement que moralement (vous entendrez tellement souvent« pourquoi t’y donnes pas un p’tit coup d’ivermectine à ton âne ? c’est si simple et c’est radical ! »)

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